LES TROMBES EN FRANCE
Jean
dessens Laboratoire
d'Aérologie, Université
Paul Sabatier, Campistrous,
65300 Lannemezan France
John T. SNOW
Department of Earth
and Atmospheric
Sciences, Purdue
University, West
Lafayette Indiana, États-Unis (Manuscrit reçu le
11 juin 1988, et sous forme
définitive le 30 mars 1989)
RÉSUME
Dans
la période 1680-1988. on a recensé en
France 107 « grandes » trombes de classes
F2 à F5 dans l'échelle de Fujita.
49 de ces trombes
se sont produites
dans la période de 1680 à 1959, et 58 dans la
période de 1960 à 1988. L'étude
des répartitions dans le temps et dans l'espace de
ces trombes conduit aux observations suivantes :
1) Juin et août sont les
mois à plus forte fréquence :
2) Le maximum de
probabilité se situe entre 16h et 17h TU, avec
un second maximum entre 18h et
19h TU ;
3) La région à plus
fort risque se situe dans le quart nord-ouest
de la France. Un deuxième
secteur plus restreint
où l'on observe un
nombre assez important de trombes se
situe dans le sud du pays. près de
la côte méditerranéenne ;
4)
II y a en moyenne en France deux grandes trombes
chaque année :
5)
La superficie affectée par une telle trombe
est en moyenne de 4 km2
;
6)
La probabilité moyenne de
risque de trombe en
un point du territoire
français est de l'ordre de
1,5 x
10' par an. valeur environ 15 fois plus faible
que dans les grandes plaines des États-Unis.
Les trombes sont surtout
observées dans les zones côtières
pendant la saison froide de novembre
à mars, et dans l'intérieur
du pays pendant la saison chaude d'avril à octobre.
L'examen
des situations météorologiques associées à 21 cas de trombes
suggère qu'il existe un type synoptique
de temps propre à chacune des
deux saisons. Les trombes surviennent en
général lorsque de l'air maritime atlantique à moyenne altitude
recouvre une couche de surface d'origine méditerranéenne.
L'instabilité dans la couche de surface se développe
pendant le passage de l'air au-dessus du sud de la France. De telles
situations se caractérisent
par de fortes instabilités conditionnelles entre le sol et
les niveaux moyens dans la troposphère, comme l'indique le gradient élevé
de température potentielle humide. Cependant,
des études de cas suggèrent que les trombes ne se forment
que si l'instabilité dans la couche de surface
est encore augmentée
par un réchauffement et une humidification
localisés. La formation d'une dépression secondaire sur ou à proximité
d'un front froid en provenance de l'ouest
constitue une condition favorable supplémentaire
au déclenchement
d'orales à trombe.
1.
Introduction
J'ai
connu deux guerres, et pourtant je
n'ai jamais vu une
chose pareille. On aurait cru ta
fin du monde : qu'est-ce
qu'on peut dire
d'autre quand voua
voyez des voitures
voler par-dessus les toits,
des maison}: entières
se soulever du sol et aller
s'abîmer dans un étang,
des poutrelles métalliques
prendre l'air comme des fétus de paille,
au milieu d'un fracas et de sifflements d'apocalypse
? Non, jamais je n'oublierai
cette vision de cauchemar
(témoignage d'un habitant de
Pommereuil après la trombe du 24 juin 1967,
rapporté dans le journal L'Aurore du 26 juin 1967).
Une analyse de
comptes-rendus portant sur une période de plus de 300 ans prouve que
quelques kilomètres carrés du territoire français sont frappés chaque année
par des trombes. Si les conséquences de ces accidents ne constituent
pas vraiment une calamité nationale, il arrive cependant qu'à
diverses occasions, de nombreuses personnes soient tuées ou blessées, et que
les dommages soient importants. Ceci explique en partie l'intérêt
manifesté dans le passé pour ce phénomène par des physiciens français tel
.
Depuis 1680, 107
trombes «fortes» ou «violentes » (selon la terminologie de Kelly
et ai, 1978)
ont été scientifiquement documentées : cette
banque de données suffit à établir une climatologie
sommaire des trombes françaises et contribue à une meilleure connaissance des
trombes en Europe. Wegener (1917) a été le
premier à répertorier les trombes en France dans le cadre d'une
étude de ce phénomène en Europe occidentale.
Parmi des travaux plus récents,
on note ceux de Piaget (1976) pour la Suisse, Palmieri
et Pulcini (1979) pour l'Italie,
Meaden (1985) pour l'Angleterre,
et Snitkovsky (1987) pour l'Union
Soviétique. Pour une introduction générale sur la physique des trombes, le
lecteur pourra se reporter à Snow (1984).
2. Aperçu général
sur les trombes en France, avec liste de 107 cas
En France, on a connu
des trombes dans chacune des six catégories de la classification proposée par Fujita
(1978). Celte classification fixe une valeur
1 Échelle de Fujita : Les trombes « faibles » sont classées FO (17-32 m s ') et FI (33-49 m s ') : les trombes « fortes » F2 (50-69 m s 1) et F3 (70-92 m s ') ; les trombes < violentes> F4 (93-116 m s') et F5 (117-142 m s') [ D'après Fujita (197S) : terminologie descriptive d'après Kelly et ni. (1978)
Plusieurs trombes «
faibles » FO et FI surviennent chaque année en France, mais elles sont
difficiles à recenser systématiquement car elles
ne sont pas très dévastatrices,
elles blessent ou tuent rarement, et risquent
facilement d'être confondues avec des coups de
vent de grain. Un exemple en est donné par la
tempête du 23 juillet 1927 à Montélimar (Drôme)
qui a pu être soit une trombe soit un coup de vent de grain, ou môme
les deux à la fois (Rougetet, 1929). Comme il est
rare qu'une personne soit blessée ou tuée par une trombe FO ou FI. la
documentation sur ces événements de faible intensité est souvent médiocre.
Sans un réseau dense d'observateurs volontaires
comme celui du « Tornade and
Storm Research Organisation
» en Angleterre (Meaden, 1985).
une climatologie basée sur les trombes FO et FI
ne serait pas très valable. Pour cette raison,
les comptes-rendus de trombes faibles ne sont pas inclus dans cette étude.
Les trombes fortes F2 et
F3 surviennent occasionnellement en France : on en
a dénombré 94 dans cette étude. Les trombes d'intensité F4 sont rares, avec
seulement 11 cas pour les deux derniers siècles. Enfin, il semble que l'on
puisse classer en F5 deux trombes survenues dans la période de 309 ans, l'une
en "1845 en Normandie, et la seconde en
1967 dans le nord de la France.
Les informations sur ces
107 « grandes » trombes (Haies,
1988) sont résumées dans les appendices. L'appendice
A fournit des données extraites de la littérature
et l'appendice B présente un résumé sur le
nombre des événements dans chaque classe d'intensité
F pour la période avant 1960 et pour la période plus récente de 1960 à 1988.
Les informations sur les
cas antérieurs à 1960 proviennent de la littérature scientifique française,
essentiellement des revues suivantes : Comptes
Rendus à l'Académie des Sciences,
Annuaire de la Société Météorologique
de France, et La Météorologie.
Pour les cas survenus dans la période 1960-1988.
on a complété les rapports de presse par des comptes-rendus oraux ou écrits
de témoins oculaires, par des
rapports détaillés établis par les mairies, et enfin par des visites sur les
sites de 16 trombes. Une attention particulière a
été portée sur l'identification exacte du phénomène
afin d'éviter des confusions avec d'autres
vents dévastateurs, en particulier avec les coups
de vent de grain (Dessous
et Blin, 1988).
Doswell
et Burgess (1988) ont indiqué que l'échelle de
Fujita est davantage une échelle de dommage qu'une échelle d'intensité.
Pour éviter ce qu'ils nomment le dilemme de l'échelle de Fujita, ils proposent
plusieurs solutions, la plus pratique
consistant à identifier la façon dont on attribue
une classe à une trombe. Ceci a été fait dans l'appendice A par une
lettre-code dans la colonne « Échelle F ».
La longueur de la trajectoire
donnée dans le tableau est la distance sur laquelle la trombe est restée en
contact continu avec le sol, à l'exception éventuelle de quelques courts
rebonds. La largeur de la zone touchée est souvent variable le long de la
trajectoire, en général plus faible au début et à la fin, et elle est
probablement influencée par la topographie ou la rugosité du sol (Dessens,
1972). C'est la plus grande largeur observée le long de la trajectoire qui est
reportée dans le tableau.
Afin de définir au
mieux le type de temps associé à une trombe, on a noté dans l'appendice
A (à l'aide d'un code numérique dans la colonne
« type de temps ») l'occurrence (ou la
non-occurrence) de tonnerre, ainsi que l'occurrence de grêle. Bien que ces
observations soient discutables (par exemple,
l'observateur peut ne pas avoir entendu de tonnerre à cause du bruit du vent),
elles fournissent quelques informations sur les situations génératrices de
trombes.
La topographie et la nature de la surface du sol de la zone où se produit la trombe sont des caractéristiques environnantes importantes. En France, elles peuvent changer fortement d'une région à l'autre, souvent même sur de faibles distances. Une indication sur ces caractéristiques est reportée dans la colonne « type de paysage » à l'aide d'une lettre de code. Un « pays plat » se rapporte à un terrain sans ondulation importante. Ce type de terrain est semblable à celui rencontré dans le nord de illinons ou le nord de l'Indiana. Par opposition, une région « vallonnée » comporte des ondulations marquées, les comptes-rendus indiquant par exemple que la trombe « gravit une colline », ou « descend dans une vallée » ; un terrain de ce type s'apparente à celui rencontré à l'ouest de la Pennsylvanie. Pour les deux trombes n26 et 68, le terrain était montagneux, similaire à celui des Montagnes Rocheuses.
La table ne donne
pas d'indication de paysage lorsque le paysage est
3.
Sélection de bibliographie pour les trombes F4
et F5
En règle générale, plus
une trombe est violente et mieux elle est
documentée. Par suite du nombre de personnes tuées et de la gravité des
dommages, les trombes violentes sont portées à la connaissance des autorités
et des médias. De nos jours,
le personnel de la Météorologie Nationale procède à des études
de cas en vue d'améliorer les performances de
la prévision, ces événements constituant des risques d'autant
plus importants qu'ils sont rares. Les 11 trombes
F4 et les deux trombes F5 sont dans cette situation. Le tableau 1 donne
les références propres à ces 13 cas.
Les trombes 17 et 65
sont probablement de classe F5. Pour la trombe 17, on arrive à cette
conclusion d'après les observations rapportées
dans la littérature de l'époque : « Des ouvriers furent lancés au-dehors
par-dessus des haies et des clôtures... Sur d'autres points,
les bâtiments furent comme pulvérisés et la place
absolument nettoyée. Des solives, des planches... furent soulevées
et emportées jusqu'à 25 et 38 kilomètres de là
! Jusque près de Dieppe » (Flammarion, 1872)
; « L'un de ces arbres a été emporté beaucoup plus loin, lancé
comme une flèche » (Pouillet,
1845). Pour la trombe 65, la
classification en F5 résulte de notre propre examen des dommages : 17 maisons
ont été entièrement démolies, des automobiles ont été soulevées et
projetées par-dessus les maisons (fig.
1), des
morceaux de bois ont été enfoncés dans des troncs d'arbres,
des tombes ont été ouvertes, etc.
Il n'existe
pas de documentation publiée sur les deux plus récentes trombes F4. La
trombe 74 est apparue sous forme d'une trombe
marine dans le port de La Palliée, puis s'est
déplacée vers l'est en direction de La Rochelle. Le long de son trajet,
entre le port et le centre de la ville, une personne
a été tuée après avoir été soulevée dans les airs sur plusieurs mètres,
et douze autres personnes ont été blessées. On a observé que la trombe s'était
dissipée en atteignant la zone à forte densité en bâtiments.
Des dommages de type F4 ont été décrits par un témoin : « Des autos étaient
soulevées et s'envolaient dans les airs comme
des jouets, les toits étaient emportés et les habitations soufflées » (témoignage
rapporté dans le journal La Dépêche du Midi, 26 janvier 1971).
La trombe 93 a touché
le sol à l'est de la petite ville de Levié;
cinq maisons, une ferme et une scierie ont été complètement
détruites. On a estimé les dommages à 20
millions de francs. La ville est au milieu d'une plaine découverte, mais la
trombe provenait d'une région boisée. La photographie de la figure 2 a été
prise au moment où la trombe se déconnectait du sol. Les comptes-rendus des
observateurs sont classiques « J'ai vu soudain monter des
tuiles, de la paille, des bouts de bois dans le ciel. C'était comme un
champignon de plus en plus noir qui se déplaçait, avec un bruit d'hélicoptère
» (témoignage rapporté dans le journal L'Est
Républicain,
3 juin 1982).
4. Climatologie des trombes en France
a.Localisation
géographique
La figure 3 présente la
localisation géographique des 107 trombes répertoriées dans l'appendice A.
La figure 4 donne des indications d'intensité de ces trombes. Pour aider à
l'interprétation de ces cartes, la figure 5 présente une carte de France
avec les caractères principaux de la topographie, tandis que la figure 6
donne des indications sur la densité en population (nombre d'habitants par
kilomètre carré). Dans l'ensemble, les figures 3 et 4 présentent de nombreuses
similitudes avec les données rapportées par Grazulis
et Abbey (1983) pour les États-Unis.
Tableau 1. Références
bibliographiques sur les 11 trombes
F4 et les deux trombes présumées F5.
|
Date |
Trombe |
Lieu |
Références |
|
06/07/1822 |
9 |
Peltier(1840) |
|
|
26/08/1823 |
10 |
Rouvres |
Peltier
(1840), Flammarion
(1872) |
|
18/06/1839 |
13 |
||
|
22/10/1844 |
16 |
Guillemeau
(1845) |
|
|
19/08/1845 |
17* |
||
|
18/06/1863 |
18 |
Marié Davy
(1877) |
|
|
19/10/1874 |
21 |
||
|
13/08/1887 |
24 |
||
|
19/08/Î890 |
26 |
Saint-Claude |
|
|
24/06/1967 |
65* |
Bordes (1968). Dessens
(1969) |
|
|
24/06/1967 |
66 |
||
|
25/01/1971 |
74 |
La Rochelle |
(voir texte) |
|
02/06/1982 |
93 |
Levier |
(voir texte) |
* Trombe présumée F5.
Comme
le montre la figure 3, les trombes en France sont
concentrées dans le nord-ouest du pays, suivant un axe La
Rochelle-Paris-Bruxelles. On observe un second maximum de concentration vers le
sud, dans la vallée de l'Aude et sur le littoral méditerranéen [
par opposition, le maximum de fréquence d'orages en France se situe dans le
sud-ouest et dans le centre-est du pays (Météorologie Nationale, 1969) ].
Bien que cette distribution comporte un biais lié à la population
(8 événements rapportés en région parisienne). de nombreux cas sont observés
dans des zones à densité de population comprise
entre 10 à 50 habitants par km ou moins
(comparer les figures 3 et 6). Le classement des 107 cas par période ne suggère
pas de changement en concentration dans le nord-ouest. La concentration dans le
sud, déjà visible dans la première période,
a augmenté dans la deuxième période, probablement à cause de l'augmentation
récente des activités de cette région.
La concentration des trombes
dans le nord-ouest reflète la climatologie synoptique de cette région côtière.
de nombreux cas s'étant produits dans des situations où une zone frontale à
faible vitesse de déplacement avance de l'ouest
pour interagir avec une couche de surface conditionnellement
instable s'écoulant vers le nord à travers la France. Quelques détails de
cette interaction seront fournis au paragraphe
5.
La concentration dans le sud se situe dans la vallée de l'Aude, le long d'une ligne allant de Carcassonne à Narbonne. La vallée de l'Aude sépare les Pyrénées-Orientales (Corbières) du Massif Central (Montagne Noire). Cette disposition topographique augmente la convergence de l'air qui s'écoule entre l'Atlantique et la Méditerranée : dans cette région, il peut se produire de la vorticité par interaction du vent avec le relief. Les trombes observées dans le Jura (26. 43, 68 et 93) et dans le Massif Central (33. 47 et 94) peuvent également avoir été engendrées par des effets géographiques locaux.
Le nombre
très faible de trombes observées dans
le Massif Central peut sans doute être
attribué à la fois à la faible densité moyenne en population
et à la forte topographie de cette région. Ce résultat est en accord avec
ceux de Tecson et ai.
(1982) pour une région similaire des Monts O/.ark
dans le centre des États-Unis.
La trombe suisse F4 du
26 août 1971 dans le canton de Vaud (décrite
par Piaget, 1976)
a exactement suivi la portion suisse de la trajectoire de la trombe 26 du 19
août 1890. La similitude entre les deux événements est telle que des
vortex secondaires ont été observés dans les
deux trombes sur la portion de leur trajectoire commune qui traverse le
sol plat et dégagé de la vallée de Joux entre
les zones boisées de Bois d'Amont et Le Brassus.
Une trombe F3 ou F4 est également survenue dans
la même vallée le 12 juin 1926, légèrement
décalée au nord (décrite également dans Piaget,
1976). Ces observations suggèrent l'existence
dune « allée à trombe » du type décrit par Gallimore
et Lettau (1970).
b.
Distributions diurne et saisonnière.
La figure 7 présente la
répartition temporelle des 107 trombes. Chaque événement est pointé sur le
diagramme selon le jour et l'heure
indiqués en appendice. Les histogrammes placés suivant les
abscisses et les ordonnées sont obtenus par sommation appropriée des données.
L'histogramme suivant les
ordonnées donne la fréquence mensuelle des trombes, et l'histogramme
suivant les abscisses donne la fréquence suivant l'heure.
A
titre de référence, les courbes donnant les
heures des levers et couchers de soleil et du midi solaire en
fonction de la période de l'année
sont également portées sur le diagramme. Comme
la France est un petit pays (à peu près comme l'étal
du Texas), il n'est pas nécessaire de
normaliser les heures par les heures solaires locales comme ont dû le l'aire Kelly
et aï. (1978) pour leur climatologie
des trombes aux États-Unis. Les heures du lever
et du coucher de soleil et du midi solaire à
Paris sont raisonnablement valables pour l'ensemble du pays. En hiver (octobre
a mars). l'heure locale est en avance d'une
heure sur le temps universel (TU) ; en été
(avril à septembre), elle est en avance de deux heures.
La figure 7 montre que
les mois de juin et d'août présentent le maximum de fréquence en grandes
trombes. La probabilité de trombe est
maximale entre 16h et 17h
TU, et on observe un second maximum entre
18h et 19h
TU. Cependant, un examen attentif
de la figure 7 montre que de grandes trombes ont été
observées en France à chaque saison et pratiquement à toutes les heures de
la journée. En dehors du maximum estival (juin-août, avec 48 événements),
les trombes sont distribuées assez uniformément
: 24 en automne (septembre-novembre), 15 en hiver (décembre-février) et 20
au printemps (mars-mai).
Une relation
nette entre l'occurrence de trombe et l'insolation est visible sur la figure
7. Les trombes sont principalement observées vers midi pendant la période
froide de novembre à mars. Pendant la période chaude d'avril à octobre,
elles se produisent plus tard dans la journée, avec le maximum d'événements
entre le milieu et la fin de l'après-midi.
Cependant, 20 grandes trombes ont eu lieu dans la nuit et la matinée, ce qui
suggère que certaines trombes françaises ne
sont pas directement liées à l'insolation.
Figure
8. Localisation des trombes avec indication du
mois (1 =
janvier, 2 = février, 3 =
mars, etc.). Les lignes solides
délimitent approximativement les principales
zones climatiques de la France ;
pour une carte climatique plus détaillée, se
reporter à la figure 1 de l'Atlas de la Météorologie Nationale (1969).
Pendant la saison froide (novembre à mars),
les trombes se produisent
principalement
sur les deux zones côtières.
Pendant la saison chaude (avril à octobre),
elles se produisent principalement à l'intérieur
des terres.
On peut également
remarquer sur la figure 7 les minimums relatifs de la fréquence des trombes
en juillet et entre 17 et 18h TU. Comme il n'y a pas d'explication évidente
à ces minimums, on peut penser qu'ils sont
simplement le reflet de la petite taille de l'échantillon.
La figure 8 présente le
même type de distribution géographique que les
figures 3 et 4, mais avec chaque événement
repéré par le numéro du mois correspondant. Pendant la saison froide
(novembre à mars), les trombes surviennent
principalement dans le centre-ouest
de la France (19 trombes
sur 28 à l'ouest de la ligne tracée de
Bordeaux à l'embouchure de la Seine). Il se
produit également quelques trombes hivernales
sur la côte méditerranéenne (4 sur 18 au sud
de la ligne tracée des Pyrénées centrales à la frontière
franco-italienne). Toujours pendant la saison
froide, les trombes sont très rares dans le
reste de la France (seulement 2 sur un total
de 61). La plupart des trombes qui se produisent à l'intérieur du pays ont
lieu dans la saison chaude de juin à septembre. Le tableau 2 présente les
caractéristiques moyennes des trombes suivant la saison. Les trombes
de la saison froide semblent
moins violentes que les trombes estivales, avec ²des trajectoires moins longues
et plus étroites.
Les lignes tracées sur
la figure 8 délimitent grossièrement les principales zones climatiques de
la France (pour plus de précision, se reporter
à la figure 1 de l'atlas de la Météorologie
Nationale, 1969). Les régions du centre-ouest
et du nord-ouest de la France ont un climat à dominante maritime. La zone côtière
du sud-est bénéficie d'un climat subtropical (ou « méditerranéen
») contrôlé par la proximité de la Méditerranée.
L'intérieur du pays subit un climat océanique plus ou moins altéré par des
influences continentales, et par un climat de
montagne dans les Pyrénées, les Alpes et le
Massif Central.
Tableau
2. Valeurs moyennes de l'échelle F. de la
longueur L de la trajectoire
et de sa largeur
maximale W selon la saison (nombre de cas
indiqué entre parenthèses).
|
Saison |
Échelle F |
L (km) |
W (m) |
|
Novembre-mars |
2.50 (24) |
5.44 (21) |
194 (21) |
|
Avril-octobre |
2.75 (83) |
9.49 (65) |
331 (61) |
|
Toutes trombes |
2.70 (107) |
8.50 (86) |
296 (82) |
A trois reprises,
un même mésocyclone a produit deux trombes
(situation similaire à celle décrite par Burgess
et al., 1982)
: 1" août 1963, trombes 54 et 55, distantes
de 143 min (80 km) ; 24 juin 1967, trombes 64 et
66, distantes de 80 min (83 km) ; et 20 septembre
1973, trombes 80 et 81, distantes de 120 min (90 km). Dans quelques autres cas,
le mésocyclone générateur d'une trombe en France s'est
déplacé vers un pays voisin et y a engendré une ou plusieurs trombes
supplémentaires : le mésocyclone de la trombe 67 s'est
déplacé vers la Belgique et les Pays-Bas, produisant des
trombes à Oostmalle, Chaam
et Trecht (Wessels, 1968)
; celui de la trombe 69 a continué en Allemagne avec une trombe à Pforzheim
(Nestlé, 1969) ; et
celui de la trombe 96 a continué en Belgique,
avec une trombe à Léglise (Caniaux,
1984).
L'appendice
B met en évidence une différence marquée entre
le nombre de cas de la première période
(49 trombes en 280 ans) et celui de la deuxième période (58 en 29 ans). Il n'y
a pourtant pas de raison de supposer que le nombre annuel de trombes en France a
changé significativement sur les 309 années de
la période étudiée. On peut plutôt attribuer cette différence à une
meilleure collecte des informations dans la deuxième période. Pour cette
raison, on ne considérera que les données de la
période moderne pour les calculs de la probabilité du risque et de la période
de retour présentés au paragraphe 4e.
e.
Dimension des trajectoires et probabilité
du risque
Le tableau 3 présente
les valeurs moyennes de la longueur L de la
trajectoire, de sa plus grande largeur W, et de sa
superficie A (= LW)
pour les trombes de différentes intensités. On y indique également le nombre
d'événements pour lesquels ces données sont
disponibles. La superficie de la trajectoire a été calculée avec les 78 cas
pour lesquels L et W sont disponibles simultanément. Afin de comparer ces données
statistiques à celles des États-Unis, on a utilisé le schéma de
classification FPP proposé par Fujita
et Pearson (1973), et pointé la longueur moyenne
en fonction de la plus grande largeur, le résultat est présenté sur la figure
9. Sur cette figure, on présente également les gammes de longueur et de
plus grande largeur des trajectoires observées aux États-Unis pour les classes
d'intensité F2, F3 et F4 (d'après le tableau 1 de Fujita
et Pearson, 1973).
Tableau 3. Valeurs
moyennes de la longueur L de la trajectoire, de sa
largeur maximale W et de sa superficie A selon
l'échelle F (nombre de cas indiqué entre parenthèses).
|
Échelle F |
L (km) |
W(m) |
A (km2) |
|
F2 |
4.4
(36) |
0,8 (33) 4,4 (34)
12.4(11) 4.0 (78) |
Figure
9. Diagramme de
la longueur moyenne L de la trajectoire
en fonction de sa largeur maximale
moyenne W selon
l'intensité. Les trois croix entourées
d'un cercle représentent les paires de L et W du
tableau 3. Les zones délimitées
par des carrés représentent les plages des valeurs de ces paramètres pour les
trombes américaines
(d'après le tableau
l de Fujita et Pearson,
1973).
Il
apparaît sur la figure 9 que les trombes françaises ont une trajectoire moyenne
plus courte que les trombes américaines de même
intensité. La différence augmente avec
l'intensité de la trombe. On pourrait expliquer le décalage observé par une
surestimation systématique des intensités des trombes françaises dans l'échelle
F. Cependant, une révision de nos procédures d'estimation
rend cette hypothèse peu probable. Une explication différente qui conviendrait
plus particulièrement aux trombes violentes
pourrait être une surestimation de la longueur moyenne des trajectoires de ces
trombes aux États-Unis ; il s'avère en effet
comme probable que certaines trombes à « très
longue trajectoire » sont en réalité des trombes différentes produites en série
par le même mésocyclone (Doswell et Burgess,
1988). La densité de population de la majeure partie du territoire
français, même dans la première période, permet une bonne
estimation des longueurs de trajectoire. On peut
également noter qu'on n'a pas observé en France
de trombes à longue trajectoire, alors que
plusieurs cas de trombes en série ont été répertoriés.
Lorsqu'on compare les
largeurs de trajectoire, on trouve que les valeurs moyennes des trombes françaises
F2 et F3 sont à la limite supérieure des valeurs
des trombes américaines de même classe. Ceci s'explique
par le fait qu'on a considéré la plus grande
largeur de la trajectoire et non pas la largeur moyenne de chaque événement. A
l'opposé, la plus grande largeur des 11 trombes
F4 et F5 se trouve à la limite inférieure des
largeurs des trombes américaines comparables.
Figure
10. Photographie de
la trombe 52 à Évreux
le 4 mai 1961. L'intensité
de cette trombe a été estimée F3.
On remarque la présence de
deux grands vortex secondaires
dans celle trombe
a vortex multiples. Voir Delpech (1962a)
pour informations détaillées (T'Photographie
P. Pélassy).
Par suite de
la compensation des différences
entre longueurs et largeurs maximales des trajectoires,
les superficies affectées par les trombes françaises F2
et F3 et par les trombes américaines correspondantes ne sont pas notablement
différentes. Mais pour les trombes F4 et F5, les
superficies atteintes sont plus faibles en France
qu'aux États-Unis par suite de la plus petite
longueur des trajectoires. Nous n'avons pas d'explication
à cette différence de caractéristiques comparées entre trombes F2 et F3
d'une part. et trombes F4 et F5 d'autre part. mais il est possible qu'elle
résulte à la fois du faible échantillon disponible et de l'absence de trombes
à longue trajectoire en France.
La superficie moyenne
atteinte par une trombe (4 km) permet d'estimer la
probabilité de risque en France. Pour la deuxième période,
un a enregistré 58 trombes d'intensité F2 ou
plus (2 par an). En conséquence, sur un plan national,
la superficie moyenne exposée aux trombes importantes
est d'environ 8 km2
par an. A partir du rapport de cette superficie
par celle de la France, la probabilité pour qu'un
point donné soit touché par une trombe
importante s'établit à 1,5 x
10'' par an, et la période de retour est
d'environ 70 000 ans. Cette probabilité est à
peu près égale à 7% de la probabilité
correspondante dans les Grandes Plaines
des États-Unis (Abbey. 1976).
Il convient de remarquer
que celle estimation
se rapporte à l'ensemble du pays : si l'on considère
la répartition géographique présentée sur les figures
3 et 4, on peut observer que le niveau de
risque est fortement plus élevé
dans certaines régions de
Les conséquences des
grandes trombes en France pendant la deuxième période
peuvent être
appréciées en notant que 20 personnes ont été tuées
(0,7 par an) et 327 ont été
blessées (11.3 par an). Environ 360 maisons et
320 caravanes (remorques à 2 roues utilisées pour le camping) ont été détruites,'et
plus de 1000 maisons ont subi des dommages importants (essentiellement des
toitures enlevées).
Le
tableau 4 présente les caractéristiques moyennes
des trombes selon les conditions géographiques
locales. Ces caractéristiques montrent que si les
trombes terrestres en
provenance de la mer sont peu nombreuses, elles ont tendance a être
plus violentes tout en ayant une trajectoire
courte. Cette observation suggère qu'il y a rupture
du vortex à son passage dans les terres,
peut-être dû à un changement de rugosité du sol.
Tableau
4. Valeurs moyennes de l'échelle F. de le
longueur L de la trajectoire et de sa largeur maximale
W selon le type de paysage (nombre
de cas indiqué entre parenthèses).
|
Type de paysage |
Échelle F |
L (km) |
W (m) |
|
|
|
|
|
|
de la mer |
2.9
(7) |
3.7 (6) |
116(5) |
|
Pays
plat |
2.5 (20) |
180 (17) |
|
|
Vallonné (non boisé) |
7,9(14) |
195 (15) |
|
|
Boisé |
3.1 (11) |
17,1 (10) |
850(11) |
|
2.7 (107) |
8.5 (86) |
296 (82) |
Les
données de ce même tableau suggèrent également
que les trombes en régions vallonnées sont
presque aussi nombreuses que les trombes en pays plat, et qu'elles
ont tendance à être plus violentes. Les augmentations simultanées de la
longueur moyenne des trajectoires et de leur
plus grande largeur sont logiques, puisque ces paramètres sont l'un et l'autre
en relation directe avec l'échelle F (Fujita,
1978).
Les données
statistiques du tableau 4 montrent que les
trombes en régions boisées sont un peu plus violentes que les
autres trombes. De plus, la longueur moyenne de leur trajectoire est plus de
deux fois supérieure à celle des autres trombes,
et la plus grande largeur est environ quatre fois
supérieure. Pour les trombes survenant en pays boisé, les dommages bien
visibles aux arbres peuvent conduire à une surestimation de l'intensité,
mais permettent une estimation exacte
des dimensions de la trajectoire. A l'opposé, la
largeur de la trajectoire d'une bande se déplaçant
au-dessus d'une région plate et dégagée risque
d'être sous-estimée par suite de l'absence
de trace laissée au sol.
On peut noter que le
fait de trouver des trajectoires plus larges pour les trombes évoluant
en régions boisées, donc au-dessus de surfaces rugueuses,
est conforme aux simulations en laboratoire (Dessens, 1972 ;Wilkinsf7f
ai., 1975) et aux modèles numériques (Harlow
et Stein, 1974 : Bode
et ai., 1975). Ces
simulations et modèles ont montré qu'on doit s'attendre à une augmentation du
diamètre d'une
trombe lorsque la rugosité du sol augmente. Baker et al. (1982) ont également montré qu'une trombe
devient plus dévastatrice peu de temps après son passage sur un îlot boisé.
Le fait que les trombes aient une trajectoire plus longue lorsqu'elles
évoluent en région forestière est probablement
une conséquence de l'augmentation de leur diamètre, une large trombe étant
plus stable qu'une petite trombe.
On-note
diverses observations rapportant un effet de la rugosité de surface sur la
morphologie de la trombe. Les trombes 26 et 80 ont
été l'une et l'autre
observées au moment de leur passage d'une forêt à une zone dégagée. Dans
les deux cas, le vortex s'est réorganisé, et on a observé le développement
de vortex secondaires. Des vortex secondaires ont été observés dans les
trombes 3, 4, 21, 24 et 52 (voir par exemple la figure 10 ;
voir également la planche 8.18 dans Ludlam, 1980)
au moment de leur passage sur des sols de rugosité
variable, mais on n'a pas noté la relation entre la morphologie de la trombe et
la nature du sol. On peut rapprocher ces
observations de celles de Blechman
(1975) selon lesquelles les transitions de vortex multiple à vortex simple sont
bien corrélées avec les augmentations brutales
de la rugosité de surface.
g.
Type de temps Le tableau 5 présente
les caractéristiques moyennes des trombes selon
le type de temps qui leur est associé. Le rôle primordial de la convection
dans la formation des trombes est suggéré par le maximum de fréquence
en été et l'après-midi (fig.
7). il est confirmé par l'association des trombes
aux orages et à la grêle.
Tableau
5. Valeurs moyennes
de l'échelle F, de la longueur L
de la trajectoire
et de sa largeur maximale W
selon le type de temps (nombre de cas indiqué
entre parenthèses).
Type
de paysage
Échelle
F L
(km)
W (m)
|
Pas de |
tonnerre |
2.2 |
(13) |
2.2 |
(9) |
97(11) |
|
Orage |
avec
tonnerre |
2.7 |
4.0 |
(21) |
177
(18) |
|
|
Orage |
à grêle |
2.9 |
(48) |
10.6 |
(41) |
428 (39) |
|
Toutes |
trombes |
2.7 |
8.5 |
(S6) |
296
(82)
|
II est
également intéressant de noter que les 13 trombes pour lesquelles
les observateurs ont précisé qu'il n'y
a pas eu de tonnerre ont été notablement moins
violentes que les 26 trombes avec tonnerre, et la
longueur ainsi que la plus grande largeur de leur trajectoire
ont été plus faibles. Bien qu^il
puisse y avoir des erreurs d'observation, nous pensons que la plupart des cas
avec tonnerre se sont produits à proximité ou au-dessous de l'orage,
et que les cas sans tonnerre sont relatifs à des
trombes formées au-dessous d'une ligne de nuage située à distance du foyer
orageux principal. Quelques-uns de ces cas sont semblables aux « landspouts
» ou « gustnadoes » récemment
observés aux États-Unis (cf. Bluestein, 1985 : Brady
et Szoke. 1988). II est également probable que
quelques autres de ces cas sont de même nature
que les vortex observés dans les mésocyclones de
petites dimensions,
mais intenses, qu'on rencontre sur les côtes de
la Manche (Forbes, 1985).
Bien qu'en France la répartition
géographique des trombes soit différente de celle des chutes de grêle,
on a observé à diverses reprises une forte grêle
avec la trombe. Par exemple, il y a 14 cas (13% du total) associées a des
chutes de grêlons de taille supérieure à 30 mm
: trombes 7. 14; 24. 26. 43.
44. 45, 46, 58 (>100 mm).
65 (100 mm), 68, 84. 90 et 106 (100 mm).
h.
Sens de déplacement
et de rotation
Le sens de déplacement
d'une trombe ainsi
que son sens de rotation sont déterminés
par l'environnement météorologique. Sur les 89 trombes
pour lesquelles le sens de déplacement a été noté. 46 se sont déplacées
vers le nord-est, et 79 dans une direction
comprise entre le nord et l'est. Les vitesses de déplacement
sont connues pour 14 trombes elles s'échelonnent entre 3 et 19 m/s, avec une
moyenne de 10.6 m/s (valeur médiane : 11.2 m/s).
On a noté un sens de
rotation cyclonique dans 13 cas (trombes 17. 26.
31. 33. 34. 35, 39, 52. 56. 65. 96, 98 et 106). et anticyclonique dans 4 cas
(trombes 28, 43. 66 et 83). Ces chiffres ne représentent
sans doute
5.
Conditions météorologiques
Les données utilisées
pour l'examen des conditions synoptiques qui
conduisent à des orages à trombe en France sont
extraites du Bulletin Européen Météorologique (publié depuis 1976) et du
Bulletin Quotidien d'Études,
ce dernier bulletin fournissant des données au sol détaillées pour la France.
On va également inclure ici les résumés de deux situations qui ont été étudiées
en détail par les services météorologiques français.
Carlson
et Ludlam (1967) ont
décrit les situations synoptiques qui engendrent les orages violents sur le
Royaume Uni et l'Europe de l'ouest,
et ils les ont comparées aux situations à orages violents aux États-Unis. Ludlam
(1980 ; voir en particulier pp. 244-246, 288-289
et 297-298) a résumé et développé cette discussion.
a.
Conditions synoptiques
générales
Comme l'on
déjà fait Maddox et
ai (1980b) aux États-Unis, on a classé,
à partir des champs au niveau 500 hPa, les situations synoptiques de 22 journées
de la période 1978-1988 au cours desquelles se
sont produites au total 24 trombes. Sur les 22 journées,
12 peuvent être immédiatement reconnues comme se
reportant exactement à une situation type d'été
(5 journées, 5 trombes) ou d'hiver (7 journées,
8 trombes). Sept autres journées (8 trombes) peuvent être assimilées assez
facilement à l'une de ces situations (5 pour
l'hiver, avec 5 trombes, et 2 pour l'été, avec 3 trombes). Enfin, les
situations synoptiques des 3 dernières journées
(trombes 89, mai ; 90, février ; 93, juin) diffèrent radicalement de ces deux
types de situation, et elles ne peuvent donc pas être
assimilées à un écoulement type au niveau 500 hPa.
Pour les situations
typiques de l'été (approximativement de juin à
août), le champ au niveau 500 hPa présente une profonde dépression soit sur
le Golfe de Gascogne, soit plus loin sur l'Atlantique, et des hautes pressions
sur le Sahara. Entre les deux zones, on observe en
conséquence un écoulement de sud-ouest de l'ordre de 20 m/s au-dessus de la
France. Ce type d'écoulement est schématisé sur
la figure 11a. Le champ de pression au sol présente
un léger creux au-dessus de la France (appelé parfois marais barométrique). Un
système frontal faible à déplacement lent est parfois observé
immédiatement à l'ouest de la région de la trombe. Les vents au sol sont en général
faibles. Ce champ en surface est présenté schématiquement
sur la figure
11b. Les trombes 91, 94, 100, 102 et
106 font partie de ce groupe.
Pour
les situations typiques de l'hiver (approximativement
d'octobre à mars), le champ au niveau 500
Pour les 7 cas intermédiaires,
on observe un centre dépressionnaire à l'ouest
de la France, entre les positions d'hiver et
d'été. Dans ce groupe, les situations relatives aux trombes 95 et 96 (même
jour ; voir chapitre 5.b.2) et 97 (toutes en
septembre) s'apparentent plutôt à la situation
type de l'été. Les situations relatives aux
trombes 87 (février), 92 (mars), 101 (avril), 105 (mars),
et 107 (février) s'apparentent davantage
à la situation type de l'hiver.
Les trajectoires des
masses d'air sur des surfaces à température potentielle constante (surfaces isentropiques)
ont été établies par la Météorologie Nationale à l'aide des données du
Centre Européen de Reading pour deux situations
d'été (trombe 100,18 juillet 1983; et 106, 17 août 1986) et pour une situation
apparentée (trombes 95 et 96, 20 septembre 1982)
; voir Albergel (1988) pour les détails de la méthode
de calcul. Ces trajectoires montrent que l'écoulement à moyen niveau est très
lent, qu'il pénètre par le sud de la France, et qu'il
s'agit d'air d'origine méditerranéenne. Les trajectoires au niveau supérieur
révèlent un écoulement beaucoup plus rapide en
provenance .de l'Atlantique arrivant par le
sud-ouest de la péninsule Ibérique et atteignant le nord-est de la France.
1) 24/25 JUIN 1967
(TROMBES 64 à 67, ET TROMBES EN BELGIQUE ET AUX PAYS-BAS)
Cette situation à
trombe est la plus violente de la période moderne
en Europe de l'Ouest. En plus des quatre trombes
importantes observées en France (avec 8 personnes tuées et 80 blessées),
trois trombes ont touché la Belgique et les Pays-Bas, tuant 5 personnes
(Wessels, 1968).
Le 24 juin 1967, une
couche d'air en surface conditionnellement
instable s'étend sur le Golfe de Gascogne, le sud
des îles Britanniques, et la France. La situation synoptique générale en
surface à 18h TU sur la côte ouest de l'Europe
est présentée sur la figure 13 (carte extraite
du Bulletin Quotidien d'Études, 24 juin 1967). A
ce moment, le centre dépressionnaire principal est centré sur l'Irlande, à
Dans son étude détaillée.
Bordes (1968) a trouvé que les orages à trombe de
cette situation se sont produits au passage
de deux petites dépressions secondaires à
travers la France. L'arrivée de ces dépressions sur le nord-est à l'avant
d'une zone frontale est illustrée par la carte à
700 hPa présentée sur la figure
14, où les
creux apparaissent comme des dépressions à moyenne échelle. Chacune de ces
deux petites dépressions est associée à une convergence renforcée dans la
couche de surface, et à une poussée d'air
froid océanique à moyen niveau. La première de ces dépressions
secondaires, notée
Figure
14. Carte au niveau 700 hPa pour le 24 juin 1967
à 12hTU. Les lignes en trait continu
représentent les contours d'altitude géopotentielle, et les lignes en pointillés
représentent les isothermes en degrés
centigrades. « D » figure une dépression
ou un centre de basse pression, « A » figure un anticyclone ou un centre de
haute pression. On observe un centre principal de basse pression au sud-ouest
de l'Irlande. Les trois petites dépressions
secondaires qui se déplacent vers le nord-est
à travers le nord-est de ta France et vers les
Pays-Bas sont représentées par ties chiffres
romains I, II et III ; 1 et II ont produit des
phénomènes météorologiques violents en
France les 24 et 25 juin 1967. D'après la
figure 17 de Bordes (1968).
La coupe temporelle de
la température potentielle du thermomètre mouillé présentée sur la figure
16 met en évidence le passage des dépressions
secondaires au-dessus de Trappes (près de Paris). Avec le fort contraste de
température potentielle entre l'air près du sol et l'air
à moyen niveau, contraste encore amplifié l'après-midi par l'insolation,
la déstabilisation de la couche en surface conduit à une convection
profonde au nord et à l'est des dépressions.
Une telle séquence d'événements n'est pas unique, ainsi que le suggère la
forte similitude entre la situation représentée sur la figure 14
et celle du 4
mai 1961 (trombes 51 et 52) décrite par Delpech
(1962a, b). 2) 20 SEPTEMBRE 1982 (TROMBES 95 et
96,
Figure
15. Analyse détaillée en surface le
24 juin 1967 à 20h TU pour le
nord de la France et la Belgique '
D'après la figure 10 de Bordes (196S)
].
Figure
16. Évolution temporelle de la température pseudo-adiabatique
potentielle du thermomètre
mouillé à la verticale
de Trappes. France (25 km à l'ouest-sud-ouest
du centre de Paris) montrant le passage
des trois dépressions secondaires. Les régions d'advection
d'air froid (essentiellement d'air maritime à
moyen niveau) sont représentées par un signe
moins (-), et celles d'advection d'air à température
positive (essentiellement d'air
conditionnellement instable
en surface) par un signe plus (+). Sur celte
figure, le temps
avance de la droite vers la gauche [d'après la
figure 16 de Bordes
(196S) ].
Figure
17. Séquence
de cartes au niveau
700 hPa : (a) 20 septembre
1982. 12h TU ; (b)
20 septembre 1982,12h TU : (c)
21 septembre 1982, Oh TU. Altitudes
en mètres (lignes en
irait continu), températures
en degrés centigrades (lignes en pointillés).
L'ondulation faible dans la /.one
frontale qui avance à travers la France pendant
cette période est mieux visible sur le champ
des températures ; on observe une distorsion
dans le champ des températures à travers le
sud-ouest de
la France le 20 septembre à Oh TU. D'après les
figures 6, 7 et 8 de Caniaux
(1984).
La situation synoptique
générale relative à cet épisode
présente une dépression en surface d'intensité
modérée à l'ouest de la Norvège, avec un système
frontal se déplaçant vers le sud. L'extrémité
sud de ce front aborde la France par la Bretagne dans la soirée du 19
septembre. Dans les premières heures du 20 septembre, une ondulation faible se
forme sur ce front au large du sud-ouest de la
France, et avance rapidement vers le nord-est pendant que le front se déplace
lentement vers l'est. Le déplacement de cette
ondulation au-dessus de la France est illustré par les cartes au niveau 700 hPa
présentées sur la figure
17. Comme on l'a déjà
indiqué, nous classons cette journée dans la situation transitoire entre
les modèles d'été et d'hiver.
L'analyse détaillée de
Caniaux (1984) montre que les orages générateurs
des trombes du 20 septembre se sont développés à partir d'une couche en
surface conditionnellement instable qui recouvre
toute la France depuis plusieurs jours. De nombreux orages se sont déjà
produits dans les après-midi et les soirées des trois jours précédents. Le
20 septembre, la convection se développe sur tout
le secteur chaud à l'avant de l'ondulation frontale et elle est particulièrement
violente au nord de la France par suite d'une forte convergence près du sol et
d'une divergence
Dans les Ardennes françaises,
les premiers orages ont lieu en milieu de matinée et les seconds,
plus violents, en fin d'après-midi alors que la dépression
atteint cette région. L'ascendance sur les
Ardennes constitue un élément favorable au déclenchement des
orages. Un réchauffement par le soleil de la couche en surface pendant une brève
période de ciel clair entre les deux groupes d'orages
intensifie la convection. Ce réchauffement
provoque également une humidification des basses couches de l'atmosphère
par évaporation de l'humidité
au sol apportée par les précipitations du premier groupe d'orages.
Caniaux (1984) a trouvé que par suite de ces
effets locaux, le champ de la température potentielle du thermomètre mouillé
à Trappes à 12h TU le 20 septembre présentait
une différence de 4°C entre le sol (1010 hPa)
et le niveau 820 hPa
(de nombreuses caractéristiques de ce cas
ressemblent à celles décrites par Maddox
et al. 1980a, dans un modèle conceptuel
de champs en surface propices à la formation d'orages violents à lavant des
zones frontales).
c.
Conditions météorologique
favorables
A partir d'études de
cas et d'analyses telles que celles décrites ci-dessus,
on peut suggérer que les trombes françaises les plus caractéristiques se
produisent dans une situation marquée par l'invasion dans les basses couches
d'air méditerranéen, et par une circulation à moyen niveau amenant de l'air
froid atlantique. Un facteur important est constitué par les propriétés
thermodynamiques de la couche de surface dues au réchauffement
et à l'humidification de l'air pendant sa traversée
de la France. Ainsi que l'indique Ludlam (1980 ;
p. 245), la Méditerranée est entourée de terres au-dessus
desquelles la couche adiabatique
atteint une température potentielle
plus élevée, de sorte qu'en général il n'y a pas convection
ordinaire sur la mer, qui agit comme un puits de chaleur
plutôt que comme une source. Ainsi, l'air qui arrive de la Méditerranée sur
la France n'a pas normalement un degré élevé d'instabilité conditionnelle. L'instabilité
se développe plutôt dans une région située au
nord des Pyrénées, lorsque l'air s'écoule
lentement de la Méditerranée vers cette région. Carison
et Ludlam (1967) suggèrent que le sud-ouest
de la France, et notamment la région au sud de
Bordeaux, est particulièrement bien situé pour
le développement d'une forte instabilité
conditionnelle de l'air. Dans cette région du sud de la France, la convection est
limitée à la couche de surface par de l'air à
moyen niveau possédant une température
potentielle élevée. Cette couche de blocage a son origine au sud des Pyrénées,
sur la plateau espagnol (une situation analogue se
rencontre au Texas, où la convection est bloquée en surface par une couche
d'air chaud et sec en provenance des régions
centrales élevées du Mexique). La couche inférieure
est chauffée et humidifiée par l'ensoleillement
du sol humide de cette région.
Lorsqu'une
forte perturbation arrive
par l'ouest (hiver), ou qu'une dépression
se forme dans le golfe de Gascogne (été), cet
air de la couche inférieure est transporté
vers le nord, éventuellement en dehors
de la zone de blocage. Les analyses de Carison
et Ludlam (1967) indiquent que cet écoulement en
surface n'est pas continu, mais se produit par bulles successives ou poussées
d'air chaud et instable.
Le transport de ces
bulles vers le nord provoque des conditions localement favorables au développement
d'orages violents dans le centre et le nord de la France, mais ne suffit pas
forcément au déclenchement de trombes. Les études
de cas suggèrent que l'instabilité des couches inférieures doit être amplifiée
par des effets locaux, et qu'il doit y avoir un
cisaillement suffisant du vent pour que la
convection s'organise. Des interactions entre la couche de surface et une masse
d'air maritime en provenance de l'Atlantique peuvent fournir les conditions nécessaires
au déclenchement des trombes.
Pour chaque type
saisonnier d'écoulement synoptique identifié
ci-dessus, deux situations à trombes peuvent se produire. La première (et la
plus dangereuse, bien que semble-t-il la moins
commune) survient lorsque la couche instable de surface se déplace vers le nord
ou le nord-est du pays dans le même temps qu'une profonde dépression située
sur les îles britanniques et se déplaçant
rapidement vers l'est provoque un écoulement d'air
maritime froid sur la Manche et le golfe de
Gascogne. Une zone frontale barocline très marquée
orientée nord-sud sépare les deux masses d'air. Une dépression secondaire se
creuse sur la trace du front au sol, ou immédiatement à l'avant ; le développement
de cette dépression se produit généralement sur
le golfe de Gascogne. La dépression se renforce rapidement et file vers le nord
le long ou parallèlement au front en se transformant en occlusion. Selon
la vitesse de déplacement vers l'est de la limite frontale,
la trajectoire de la dépression secondaire peut
soit rester au-dessus de la Manche (comme dans le cas décrit par Forbes,
1985), soit pénétrer en France par la Bretagne et aller vers le centre de la
Belgique. Cette dépression
à méso-échelle conduit à un développement
local du gradient thermique, et génère de la
convergence dans la couche de surface : le cisaillement de vent lié au front
produit la vorticité favorable à l'organisation
de la convection (on peut également*
supposer que des processus baroclines locaux
permettent la génération de vorticité dans les orages se formant le long d'un
tel système frontal). L'expérience
suggère que, si la couche de surface contient de l'humidité en quantité
suffisante, et si la divergence troposphérique
supérieure est forte, les orages s'organisent en un système qui se déplace
avec la perturbation secondaire. Ces orages peuvent produire des
trombes F2 ou F3. Si la divergence au niveau supérieur est
faible, il ne se produit que des
La seconde situation à
trombe (qui est la plus courante) se rattache à des orages qui se forment
nettement à l'avant du front froid,
souvent juste à l'arrière d'un
front chaud qui avance vers le nord et vers l'est.
Dans ce cas, le front froid ralentit ou s'arrête en abordant l'ouest de la
France. Les orages s'organisent généralement en lignes parallèles au front
chaud. 11 semblerait qu'une perturbation à niveau
moyen ou supérieur se couple à des effets locaux au sol pour produire de
violents orages. Comme Ludlam (1980) l'a bien mis
en évidence, les effets locaux contribuent à
produire le degré voulu d'instabilité ; l'existence d'une bande d'averses
suivie d'une période de ciel clair avant les orages à trombe du 20 septembre
1982 en est une bonne illustration.
Divers aspects de ces
situations sont semblables à ceux décrits par Maddox
et cil. (1980a)
pour le centre des États-Unis. Dans cette région, la convection éclate dans
une masse d'air située à l'avant d'un front lent ou immobile apparu le long de
discontinuités thermiques internes, tel qu'il en existe entre une région de
ciel clair, et donc chauffée par le soleil,
et une région voisine nuageuse et relativement
froide. L'analyse des situations survenues aux États-Unis suggère que la
formation de telles
discontinuités internes conduit fréquemment à une circulation
thermique directe. A
son tour, cette circulation provoque une convergence qui déclenche la convection
profonde le long de la limite entre les régions dégagées et nuageuses. De
telles situations aboutissent à des trombes violentes, en général de courte
trajectoire, avec peu de
trombes pour chaque situation, bien à la manière des trombes qui se produisent
dans le nord-ouest de la France.
Les différences dans la
modification de la couche de surface en provenance du sud rendent
compte pour l'essentiel
des variations saisonnières reflétées par la répartition géographique de la
figure 8. Les régions côtières de l'ouest et du
nord-ouest bénéficient d'un climat plus doux et plus humide que la plupart des
régions de l'intérieur. Les températures
diurnes au sol à l'intérieur du pays sont typiquement plus élevées en été,
et plus basses en hiver, que celles des régions côtières de l'ouest
et du nord-ouest. En été, les conditions à l'intérieur du pays favorisent le
réchauffement par le bas de la couche de surface qui s'écoule
vers le nord, et
donc sa déstabilisation. Ceci ne se produit pas aussi bien dans les régions côtières
parce que le contraste entre les températures du
sol et de l'air est moins fort. En hiver, la
modification initiale de la couche de surface au nord des Pyrénées se fait
plus lentement. Pendant le transfert de cette couche vers le nord, l'air peut être
plus chaud que le sol dans l'intérieur du pays, de sorte qu'il est refroidi
par le bas et stabilisé. Dans les régions côtières,
les températures au sol peuvent excéder celles de l'air d'advection,
ce qui amplifie l'instabilité.
6.
Conclusions
La
présente étude résume les données disponibles sur 107 trombes françaises
des classes F2 à F5 de l'échelle
de Fujita. L'étude montre que la France connaît
à peu près deux de ces « grandes » trombes par an, chacune affectant en
moyenne une superficie d'environ 4 km3.
En un lieu donné, la probabilité de risque d'une
trombe est de l'ordre
de 1,5 x 10' par an.
Cependant, le risque est bien supérieur dans certaines régions du pays,
principalement au nord-ouest d'une ligne allant du golfe de Gascogne au centre
de la Belgique, et sur une étroite ceinture de la
côte méditerranéenne. Les régions montagneuses
sont en général à l'abri
des trombes, sauf une vallée du Jura.
Bien qu'il puisse
y avoir quelques différences dans la détermination de la classe d'intensité
entre les trombes-françaises et américaines, il
semble que la
plupart des trombes françaises de chacune des classes F2 et F3 laissent une
trace au sol plus large mais plus courte que les trombes
américaines de même catégorie. Quant aux
trombes françaises de la catégorie F4, il
se pourrait que leurs traces
au sol soient à la fois plus étroites et plus courtes que celles des trombes
américaines correspondantes, mais l'échantillon est réduit.
Il apparaît que les
caractéristiques des trombes sont davantage influencées par la couverture
du sol que par le relief : les trombes en terrain plat et en régions vallonnées
présentent des caractéristiques assez semblables (échelle d'intensité,
longueur et largeur maximale) alors que les
trombes au-dessus des forêts ont une largeur maximale environ
quatre fois supérieure aux autres. Plusieurs
comptes-rendus font état de la formation de vortex
secondaires lorsqu'une trombe venant d'une région à forte rugosité (forêt)
arrive au-dessus d'un sol dégagé.
L'analyse des champs de pression au sol et en altitude de 21 situations à trombe dans la période 1978-1988 montre qu'il existe un type de temps caractéristique favorable à la formation de trombes en été, et un autre en hiver. Les rétrotrajectoires isentropiques de masses d'air calculées pour trois de ces situations, et l'examen de notes techniques de la Météorologie Nationale portant sur quelques événements spécifiques, suggèrent qu'une caractéristique commune aux situations à trombe est l'interaction d'une couche d'air instable en surface s'écoulant vers le nord avec de l'air maritime en provenance de l'Atlantique et s'écoulant vers l'est.
L'air
de la couche en surface provient de la Méditerranée,
et il s'est réchauffé
et humidifié au-dessus du sud de
la France. La convection dans le sud de la
France est empêchée par une
couche de blocage constituée d'air sec et
chaud à moyen niveau en provenance d'Espagne.
Par advection vers le nord, la couche en
surface qui était au-dessous de la couche d'inversion
se retrouve au-dessous de l'air froid d'origine
atlantique, et il en résulte une forte instabilité conditionnelle entre le
sol et l'atmosphère moyenne. Les orages à
trombe se forment soit à l'avant d'une
dépression secondaire qui avance vers le nord ou le nord-est le long d'un
front en surface, soit dans la masse d'air chaud
qui recouvre la France ; dans ce dernier cas, des effets locaux contribuent
à renforcer l'instabilité conditionnelle
près du sol.
APPENDICE A Chronologie
de 107 trombes F2-F5 en France
(1680-1988)
|
Trombe |
Lieu |
Longueur trajectoire
(km) |
Largeur trajectoire
(m) |
|
1 |
Reims |
10/08/1680 |
1730 |
2L |
|
30 |
|
0 |
|
|
2 |
Montpellier |
02/11/1729 |
0800 |
2L |
2 |
200 |
|
0 |
F |
|
3 |
Les Pennes-Mirabeau |
17/06/1745 |
1600 |
2L |
3 |
80 |
|
1 |
|
|
4 |
06/08/1776 |
1500 |
2L |
|
|
|
|
|
|
|
5 |
Dijon |
20/07/1779 |
1830 |
2L |
|
|
|
1 |
|
|
6 |
03/11/1780 |
1800 |
3L |
|
|
|
0 |
H |
|
|
7 |
Escales |
15/06/1785 |
1400 |
2L |
|
|
|
2 |
|
|
8 |
29/05/1807 |
1500 |
3L |
|
|
6 |
1 |
H |
|
|
9 |
06/07/1822 |
1335 |
4L |
22 |
|
(1) |
|
H |
|
|
10 |
Rouvres +
2 |
26/08/1823 |
1500 |
4L |
20 |
100 |
1 |
2 |
|
|
11 |
26/08/1826 |
|
2L |
3 |
150 |
1(1) |
1 |
|
|
|
12 |
13/09/1835 |
|
3L |
|
|
|
|
|
|
|
13 |
18/06/1839 |
1200 |
4L |
4 |
150 |
|
1 |
|
|
|
14 |
30/05/1841 |
1820 |
3L |
|
|
1 |
2 |
|
|
|
15 |
19/09/1844 |
1200 |
3L |
3 |
|
(1) |
|
|
|
|
16 |
22/10/1884 |
1600 |
4L |
0,8 |
|
20 |
1 |
S |
|
|
17 |
19/08/1845 |
1315 |
5L |
15 |
300 |
70 (130) |
2 |
H |
|
|
18 |
18/06/1863 |
|
4L |
5 |
200 |
|
|
|
|
|
19 |
23/08/1865 |
3L |
10 |
50 |
|
2 |
|
||
|
2U |
La Poiteviniere |
30/09/1874 |
1630 |
2L |
8 |
|
|
1 |
F |
|
21 |
19/10/1874 |
1640 |
4L |
12 |
400 |
(3) |
2 |
|
|
|
22 |
29/10/1874 |
1600 |
2L |
|
|
(1) |
0 |
|
|
|
23 |
1640 |
2L |
2 |
80 |
|
0 |
H |
||
|
24 |
13/08/1887 |
1830 |
4L |
6 |
100 |
8 |
2 |
F |
APPENDICE
A (Suite)
|
|
|||||||||
|
Trombe |
Lieu |
Longueur trajectoire
(km) |
Largeur trajectoire
(m) |
||||||
|
25 |
Dreux + 3 |
18/08/1890 |
2225 |
31. |
9 |
450 |
(1) |
2 |
|
|
26 |
Saint-Claude |
19/08/1890 |
2000 |
4L |
58,5 |
1000 |
6 |
2 |
H, W |
|
27 |
21/09/1893 |
1100 |
3L |
3 |
80 |
(5) |
|
||
|
28 |
1840 |
2L |
|
|
|
1 |
|
||
|
29 |
01/07/1894 |
1610 |
2L |
|
|
|
|
|
|
|
30 |
Paris |
26/07/1896 |
1630 |
2L |
7 |
|
|
2 |
|
|
31 |
Paris |
10/09/1896 |
1440 |
2L |
6 |
300 |
|
|
|
|
32 |
Asnières-sur-Seine +
4 |
18/06/1897 |
1700 |
3L |
21 |
200 |
3 (20) |
|
|
|
33 |
03/06/1902 |
1400 |
3L |
7 |
3000 |
1 |
2 |
H,W |
|
|
34 |
Saint-Maur +
1 |
28/08/1905 |
1510 |
3L |
5 |
30 |
1 |
|
|
|
35 |
Gravant |
04/07/1905 |
2100 |
2L |
12 |
350 |
|
|
F |
|
36 |
22/05/1907 |
|
2L |
2 |
|
|
|
|
|
|
37 |
10/10/1921 |
1230 |
2L |
12 |
400 |
|
|
|
|
|
38 |
Nice |
01/12/1924 |
1600 |
3L |
4,5 |
100 |
(30) |
S |
|
|
39 |
27/02/1927 |
0420 |
3L |
20 |
100 |
|
|
||
|
40 |
Tours |
01/02/1930 |
1200 |
2L |
2 |
30 |
|
2 |
F |
|
41 |
19/08/1931 |
1600 |
3L |
15 |
500 |
|
|
|
|
|
42 |
19/03/1933 |
2330 |
2L |
2 |
500 |
|
1 |
F |
|
|
43 |
09/06/1935 |
1800 |
3L |
2,4 |
1200 |
|
2 |
||
|
44 |
Villexanton
+ 2 |
29/06/1944 |
1630 |
3L |
8 |
|
1(3) |
2 |
F |
|
45 |
Cambrai |
21/07/1950 |
1600 |
2R |
|
|
1(3) |
2 |
F |
|
46 |
03/08/1950 |
1430 |
2R |
|
|
|
2 |
F |
|
|
47 |
Noirétable +
1 |
14/08/1954 |
1330 |
3R |
8 |
500 |
(1) |
2 |
H, W |
|
48 |
22/03/1955 |
1155 |
2L |
1 |
100 |
|
2 |
|
|
|
49 |
Le Ferré +
1 |
16/12/1955 |
1100 |
2L.R |
4 |
200 |
(1) |
|
|
|
18/05/1960 |
1315 |
3V |
2 |
80 |
|
2 |
H |
||
|
Cormeilles +•
3 |
04/05/1961 |
1620 |
3L |
20 |
|
2 (3) |
2 |
|
|
|
52 |
Evreux |
04/05/1961 |
1650 |
3L |
8 |
500 |
1 (100) |
H |
|
|
53 |
Névian |
05/06/1963 |
1605 |
2R |
1 |
20 |
|
0 |
H |
|
54 |
01/08/1963 |
1907 |
3V |
|
500 |
|
2 |
W |
|
|
55 |
01/08/1963 |
2130 |
3N,V |
3 |
500 |
|
2 |
W |
|
|
56 |
14/01/1965 |
1300 |
3R |
2.5 |
250 |
|
0 |
|
|
|
57 |
12/04/1965 |
1630 |
2R |
1,2 |
100 |
|
1 |
|
|
|
58 |
Biches |
21/06/1965 |
1730 |
3L |
7 |
100 |
|
2 |
H.W |
|
59 |
Ta r nos |
23/08/1965 |
0630 |
2N,V |
|
|
|
2 |
F, S |
|
60 |
Valros |
25/09/1965 |
1800 |
2R |
4 |
40 |
(2) |
0 |
|
|
61 |
25/09/1965 |
2215 |
2R |
8 |
80 |
|
|
S |
|
|
62 |
20/06/1966 |
1630 |
2R |
|
50 |
|
0 |
|
|
|
63 |
15/10/1966 |
1915 |
2R |
1 |
50 |
|
1 |
|
|
|
64 |
24/06/1967 |
1840 |
3R.L |
8 |
400 |
|
2 |
|
|
|
65 |
24/06/1967 |
1935 |
23 |
250 |
6 (30) |
2 |
F |
||
|
66 |
Pommereuil +
5 |
24/06/1967 |
2000 |
23 |
2500 |
2 (50) |
2 |
|
|
|
67 |
25/06/1967 |
1145 |
2L |
12 |
150 |
|
|
|
|
|
68 |
02/08/1967 |
1630 |
3N.R |
10 |
500 |
(9) |
2 |
H.W |
|
|
69 |
10/07/1968 |
1915 |
3L.R |
40 |
400 |
|
|
H.W |
|
|
70 |
25/05/1969 |
1115 |
3N,V |
1.3 |
100 |
|
2 |
H |
|
|
71 |
25/05/1969 |
1330 |
3N.R,V |
2,2 |
50 |
(1) |
2 |
H |
|
|
72 |
27/05/1969 |
1730 |
1.5 |
50 |
|
|
|||
|
73 |
challan
s |
29/11/1970 |
0920 |
3N.R |
0,5 |
80 |
(8) |
1 |
F |
|
74 |
La Rochelle |
25/01/1971 |
0910 |
4N,R |
2.9 |
50 |
1(12) |
2 |
S |
|
75 |
17/05/1971 |
1930 |
2R |
|
150 |
|
|
F |
|
|
76 |
Charme |
12/02/1972 |
1015 |
2R |
5 |
50 |
1(1) |
2 |
F |
|
77 |
28/04/1973 |
1520 |
2R,V |
2 |
80 |
|
2 |
F |
|
|
78 |
02/05/1973 |
1415 |
2R.V |
13 |
100 |
|
2 |
H |
|
APPENDICE A (Suite)
|
|
|||||||||
|
Trombe |
Lieu |
Date |
Heure (TU) |
Longueur trajectoire
(km) |
Personnes tuées (blessées) |
Type de paysage- |
|||
|
79 |
20/09/1973 |
1400 |
3N,R |
2.5 |
300 |
(4) |
1 |
|
|
|
80 |
20/09/1973 |
1500 |
3N,R,V |
20 |
200 |
1(8) |
2 |
|
|
|
SI |
20/09/1973 |
1700 |
3R |
8 |
200 |
1(2) |
1 |
|
|
|
82 |
07/07/1975 |
1600 |
3N.R |
3 |
|
(3) |
1 |
|
|
|
83 |
21/08/1975 |
1235 |
2N.R |
6 |
200 |
(1) |
0 |
|
|
|
84 |
13/12/1978 |
1130 |
3R |
20 |
100 |
|
2 |
|
|
|
85 |
13/12/1978 |
1253 |
3R |
25 |
1500 |
1(3) |
2 |
H. W |
|
|
86 |
14/12/1978 |
1315 |
3N.R |
0.6 |
100 |
1(2) |
2 |
|
|
|
87 |
13/02/1979 |
1530 |
2N.R.V |
1 |
100 |
|
2 |
||
|
88 |
25/03/1979 |
1630 |
3N,R | ||||||